Ces véritables entrepreneurs de guerre que l'on appelle également des colonels-propriétaires (le régiment est quasiment leur bien) se tournent alors vers les capitaines.
C'est eux qui battent le pays, accompagnés des fameux sergents recruteurs, pour former les compagnies de leur régiment.
Et même si les effectifs de temps de paix augmentent (112,000 fantassins en 1681 contre 40,000 en 1662 ) ces régiments sont souvent temporaires et supprimés après les conflits: Richelieu a donc 2 à 3,000 colonels et capitaines sans emploi.
Comment procède-t-on? Et bien c'est très simple: le pouvoir avertit les provinces de la prochaine venue de recruteurs (en hiver car on ne s'y bat pas) pour faciliter les choses. Là ces derniers écument le pays à la recherche de volontaires (car ils le sont théoriquement tous): il y a beaucoup de jeunes gens voulant fuir les contraintes familiales ou sociales, quelques aventuriers (il y en a toujours pour aller en guerre). Mais aussi des endettés qui comptent se rembourser avec la prime d'engagement (elle est assez forte), des repris de justice (disputés aux galères) et même des malandrins que livrent les autorités des villes pour s'en débarrasser!
Évidemment les abus sont nombreux, le plus connu étant celui de faire boire les futurs soldats. Le roi autorisa même officiellement le recours à la presse, c'est à dire à l'engagement forcé, en 1704 à cause du besoin en hommes (guerre de Sucession dEspagne oblige). Deux tiers des soldats sont des ruraux, un grand nombre est peu cultivé.
A ce sujet Louvois (secrétaire d'état à la guerre de Louis XIV) déclara "Il faut être peu difficile en ces temps-ci où les hommes deviennent rares" .
Le recrutement peut être régional si le capitaine recrute dans la seigneurie de ses parents (et oui, il faut avoir de l'argent pour pouvoir acheter la charge de capitaine), il est aussi facilité par la présence de garnisons ou de frontières (on s'engage plus dans l'est que dans les pays de la Loire). La misère aide également puisqu'un soldat est nourri par l'état. Sur les côtes il est interdit, car la marine a besoin des gens de mer. Enfin l'armée étant plutôt irréligieuse, elle fut même un recours pour les protestants en fuite.
Le roi eu ensuite un autre moyen, préfigurant le service militaire, pour trouver des troupes: la milice royale. Créée en 1688 elle voyait chaque paroisse de France devoir fournir un homme pour la guerre. Mais la différence avec le recrutement des capitaines était qu'ils étaient- déjà- tirés au sort parmi les miliciables. Cette masse d'hommes fut envoyée en complément sur le front, s'agglomérant aux régiments existants: les miliciens formaient 40% des recrues durant la guerre de succession d'Espagne (1702-1713)!
Ainsi l'armée française ne cessa de croître au cours du siècle étudié: des 10,000 hommes d'Henri IV, elle passa à plus de 200,000 en 1690. A la fin du règne du roi-soleil un français sur 7 aurait porté les armes, ce qui reste considérable pour l'époque.
Bien sûr les abus restaient nombreux. En effet lorsqu'on faisait appel à un colonel pour recruter un régiment, celui-ci était contrôlé par uen revue: c'est ce qu'on appelait les montres . Mais ces derniers n'hésitaient pas à engager jusqu'aux paysans locaux pour qu'ils se fassent passer pour des soldats le temps de la revue!
C'est ce que l'on nomme les passe volants . Il y avait même des petits malins qui s'engageaient pour toucher la prime, désertaient et allaient s'engager ailleurs. D'autres désertaient purement et simplement, notamment près des frontières, après les pillages ou les retards de solde. Pourtant une part non négligeable revenait (amnisties) ou s'engageait dans une unité plus prestigieuse, comme la cavalerie. Généralement les capitaines se taisaient pour pouvoir continuer à toucher la solde et les rations, partagées entre les autres. L'amélioration de la discipline, le casernement réduisirent ces maux au cours du siècle. Et il ne faut pas oublier que cela créait une certaine sélection.
Images: mousquetaires de la guerre de 30 ans (1618-1648).


