La bataille de Waterloo Acte IV): Premières attaques, premières désillusions.

I) Assaut sur Hougoumont:
Si un avion avait pu survoler le champ de bataille de Waterloo aux alentours de midi, en ce 18 juin 1815, il aurait pu voir les hommes de Jérôme Bonaparte, l'un des frères de l'Empereur, s'avancer à la gauche du dispositif français, formidable masse bleue prête à en découdre. En effet l'Aigle a décidé d'inciter les Anglais à dégarnir leur centre, qu'il veut percer, par une attaque de diversion sur leur droite. Comme la place est difficile d'accès, coincée entre haies et bois touffus, et fermement tenue par la ferme fortifiée d'Hougoumont, on se contentera d'y faire une démonstration, de menacer la ferme pour attirer des renforts anglais. Rien de plus ce serait sans intérêt stratégique.
Première erreur fatale: le frère de Napoléon, qui a toujours été un piètre combattant, est comme possédé par la folie des grandeurs, à peine le bois couvrant Hougoumont nettoyé. Pris par on ne sait quelle lubie il décide de prendre la position, pourtant secondaire et qui plus est fermement tenue, par un assaut frontal. De plus, alors qu'il aurait pu faire efficacement matraquer la place par l'artillerie, il envoie sans génie, vague après vague, ses hommes cogner contre les murs de deux mètres blanchis à la chaux de la ferme-redoute. Les valeureux tombent comme des mouches, décimés par les Anglais qui, à l'abri de leurs meutrières, les abattent comme à la foire. Jérôme s'obstine. Le carnage continue. Pourtant il vient un moment où un petit groupe d'assaillants atteint la porte de la ferme. Il est conduit par le lieutenant Legros, fier vétéran.
L'homme qui porte bien son nom est un géant, un colosse surnommé "L'Enfonçeur" par ses camarades. Tel un un guerrier casqué sorti tout droit du Moyen-âge il fait honneur à son surnom. En effet c'est seul qu'il défonce la porte, lui donnant de furieux coups de hache qui font vibrer fortement le bois à mesure qu'ils mordent dedans. Enfin! La délivrance! La lourde porte tombe dans un bruit de tonnerre ! La place peut être investie!
Hélas... Legros n'est suivi que par une poignée de soldats, et il devait arriver ce qu'il arriva. Les braves sont tous sauvagements massacrés, abattus à bout portant à peine rentrés dans la cour de l'édifice. La porte est refermée à la hâte alors que Wellington envoie des renforts sur place.
C'est ainsi que toute la journée l'incapable Jérôme sacrifiera 8.000 braves Français de manière fort stupide, voire criminelle, alors que l'Empereur n'avait jamais réclamé cet assaut inutile et insensé.
II) L'attaque principale.
Pendant ce temps Napoléon prépare l'attaque principale, au centre, appuyée par près d'une centaine de pièces qui crachent la mort en fleurs de feu et de fumée. Pourtant, avant que le tir n'obscursisse la vue, une vision d'épouvante est passée: vers la droite une masse sombre est soudain apparue dans la lunette de l'Empereur.
Des arbres, disent les uns. De la poussière, répliquent les autres. Enfin un prisonnier prussien, car il s'agit bien d'eux, révèle l'arrivée imminente dans la danse du corps de Von Bulow. Le pire est qu'à ce moment précis le fameux maréchal Grouchy, en arrière de la bataille, contre l'avis de ses subordonnés, refuse de "marcher au canon", vers cette bataille que l'on entend au loin. Mangeant ses célèbres fraises à la crème il fait preuve d'un cruel manque d'initiative que l'on paiera très cher le moment venu.
Malgré tout la charge Française a atteint vaille que vaille la ligne Britannique, parcourant les derniers mètres au pas de charge, au parfait mépris du feu meutrier de son adversaire. Et voilà que la furia francese renaît. Les fusils impériaux, en un geste terrifiant, se sont changés en une terrible lance de deux mètres. Les baionettes éventrent alors la chair ennemie, la lacérant comme si elle eût été faite de beurre. La rupture du front est imminente, déjà les Aigles pavoisent au somment de la colline. Un frémissement parcourt toute l'armée française à cette vision.
Pourtant, quant tout semblait à portée, l'Anglais décroche magistralement et cède sa place au feu dévastateur des régiments de réserve, tiraillant les habits bleus depuis l'autre versant de la colline. Les Français ont un moment de flottement, devant se repositionner en formation de tir (la ligne) et non plus d'attaque (la colonne). Le général Picton, d'un coup d'oeil avisé, comprend que le moment est parfait pour faire donner sa cavalerie, elle aussi cachée par l'éminence qui la préserve de l'artillerie Française tout en ménageant un effet de surprise.
III) la folle équipée des Scots Greys
C'est ainsi que s'élancent les réputés Scots Greys, les sabots de leurs grandes montures envoyant des vibrations de cauchemard dans le sol, faisant jaillir des étincelles des pierres qu'il frappent avec fracas. Bientôt ces puissants cavaliers fondent comme une vague de raz-de-marée sur les Français. Déjà aux prises avec l'infanterie de réserve, surpris par ces nouveaux arrivants, ils ne peuvent former le carré protecteur et sont rejetés du sommet, la mort aux trousses. Sur leurs talons les habits rouges, à pied, reprennent leurs positions si chèrement conquises par leurs adversaires peu auparavant.
L'élan anglais semble irrésistible et les bouillants Scots Greys se laissent emporter, en dépit des ordres. Chargant comme sur les ailes du vent ils sabrent les artilleurs français sur leurs pièces. Derrière, à quelques centaines de mètres seulement, l'état-major français frémit.
Heureusement, en trombe, la cavalerie française se forme en lignes d'attaque à son tour et vient frapper dans un choc titanesque de corps et de chevaux son ennemie. L'élan anglais est brisé après une mélée furieuse: les Ecossais doivent refluer, brisés.

Ainsi l'Empereur l'a vu et compris à ses dépens: l'Anglais meurt sur place plutôt que fuir. La première attaque a donc échoué, dégradant en conséquence la position française.
Malgré tout rien n'est encore perdu et Napoléon monte rapidement un deuxième assaut alors que 16 heures approchent.
Image: la charge des Scots Greys
La bataille de Waterloo Acte IV): Premières attaques, premières désillusions.
# Posté le vendredi 03 juillet 2009 08:13
Modifié le vendredi 03 juillet 2009 08:50

La bataille de Waterloo Acte III): La matinée de Waterloo

Le matin du 18 juin 1815 tirait à sa fin, la plaine de Waterloo était frappée par un beau soleil d'été qui faisait luir les blés mûrs.
Welllington, comme nous l'avons dit, avait eu tout le temps de se préparer: sa première ligne courait en avant du village de Waterloo proprement dit. Le dos à la forêt de Soignes il avait soigneusement placé ses hommes, le long d'une haie protectrice. Son artillerie attendait un peu derrière, alors que ses réserves se tenaient sur les hauteurs locales, prêtes à fondre sur un point de la ligne qui viendrait à se rompre.
De plus, en sus de la double haie, le chemin qui mène aux troupes Anglaises est percé d'un ravin profond, invisible depuis les positions françaises. L'emplacement rêvé pour soutenir une défense efficace en somme!
Enfin, en avant même du chemin, le général Britannique a fait fortifier une demi-douzaine de fermes, autant d'obstacles. En effet pour parvenir aux lignes anglaises il faudra soit se résoudre à passer entre leurs feux croisés, donc meutriers... Soit les prendre d'assaut frontalement pour s'en débarrasser: une solution coûteuse en temps comme en hommes, aussi bien en 1815 qu'avant ou plus tard dans l'Histoire.
Pour couronner le tout, ce fichu, ou maudit c'est au choix, soleil décrit en fanfare en entrée... N'a pas encore eu le temps de durcir la terre toujours imbibée d'eau. Il faut dire qu'il a plu toute la nuit, les soldats dormant d'un mauvais sommeil dans des flaques putrides.
D'un coup l'affaire prend un tour autrement moins rose: il faudra patauger gaiement en terrain découvert, qui plus est sous le feu de l'artillerie ennemie, avant d'aborder une ligne retranchée. Et quand bien même parviendrait-on à l'enfoncer elle pourrrait se réfugier sur les hauteurs soutenue par la réserve... Et les Prussiens que Wellington attend pour la fin de la journée. Ils se chargeront de pallier aux déficiences Anglaises.
Pourtant ce sont les "Anglais" qui ne sont d'abord pas rassurés. Pourquoi ces guillemets hautement dépréciateurs? Et bien il faut préciser que, comme toujours, leur armée n'a pas grand chose "d'anglais" car elle compte outre les Ecossais des Belges, des Allemands, des Hollandais disparates. Pourtant il faut se garder de noircir le tableau: ces forces savent se battre entre elles et sont bien commandées.
Or face à cela la Grande Armée consitue une masse formidable, que rien ne semble pouvoir entamer: sa supériorité en nombre tant qu'artillerie et cavalerie est flagrante. Son moral est si haut que les cris d'entousiasme des vétérans semblent crever la voûte du ciel. Ils ont foi en leur Empereur, en la France, en eux.
Toutefois dans une bataille l'avantage est toujours au défenseur, rappellons-le.
L'Empereur hésite... Faut-il tenter de déborder Wellington par la droite? Non... Sa victoire ne serait pas décisive, or il en a besoin. Reste donc la solution terrible de l'assaut frontal: le centre ennemi enfoncé on pourra couper l'armée Anglaise en deux, chaque tronçon sera ensuite irrémédiablement détruit.
Il faut donc agir avec vélocité. Hélas à sept heures du matin il pleut toujours: on ne peut espérer lancer une attaque cohérente, faire avancer rapidement l'artillerie dans ces conditions! A neuf heures c'est l'encombrement de la route de Bruxelles, d'où s'écoulent les troupes, qui retarde la formidable machine. C'est enfin seulement vers midi que l'Aigle donne l'ordre de l'attaque. Or il ignore que les Prussiens marchent sur lui. Une attaque en début de matinée aurait sûrement fait plier les Anglais en milieu de journée, avant que ne déboule Blucher.
Image: les positions vers 11 heures du matin.
La bataille de Waterloo Acte III): La matinée de Waterloo
# Posté le lundi 29 juin 2009 05:50
Modifié le lundi 29 juin 2009 06:06

La bataille de Waterloo: Acte II : Du début des Cent-Jours à la veille de la bataille.

Avant toute chose je précise que je serais absent du lundi 22 au samedi 27 juin, ce qui implique une pause du blog. Ceci fait reprenons où nous en étions. L'Empereur venait de reconquérir sa place.

I) Les Cent-Jours avant la guerre:
Mais l'euphorie précédemment décrite ne dura que quelques trop courts jours. En effet, à peine rentré, Napoléon se heurte à de multiples problèmes, qu'il ne peut plus balayer d'un revers de main, comme on le ferait pour une mouche agaçante. Le principal souçi vient des alliés, effrayés à l'idée de son retour, eux qui avaient eu tant de mal à vaincre la France révolutionnaire puis impériale. Quoi tout cela devrait-t-il recommencer? Les rois ne peuvent-ils pas se partager l'Europe entre vieilles familles en paix?
Napoléon les rassure pourtant par courrier, il a changé. Il ne veut plus de conquêtes. IL promet de s'en tenir à la France telle qu'elle est. Qu'on lui rende sa femme et son fils et il sera quitte.
Seulement personne ne veut le croire et celui qui revenait avec une ferme intention de paix... N'apporte finalement que la guerre à une France déjà exangue. Vienne l'a décidé. Une nouvelle fois il allait falloir s'en remettre au sort des armes.
Anglais et Prussiens prendront les premiers la route de Paris, Autrichiens et Russes les rejoindront plus tard quand leur mobilisation sera faite. Ameutant une nouvelle fois leurs masses, prêtes à fondre sur la France décidément bien seule, comme toujours.
Et si ce n'était "que" cela! Car il faut dire que sur le plan intérieur les choses sont loin d'être comiques elles aussi. Paris sombre dans l'indifférence, on ne crie plus "Vive l'Empereur" avec autant de force qu'autrefois. Le duplice Fouché retrouve son ministère de la police alors que tous savent qu'il correspond avec le roi, le maréchal Soult n'est pas inquiété alors qu'il s'était rallié aux Bourbons. Malgré quelques ralliements comme celui du général Carnot, républicain en brouille avec Napoléon depuis 1800, ou de son frère Lucien, en froid avec Napoléon depuis 1799, l'Empereur est en fait bien seul et n'est pas correctement appuyé alors que l'ennemi se masse en nombre aux frontières. Il se heurte à une malsaine indifférence plutôt qu'une hostilité.
Napoléon a changé? Qu'il le montre! Dit-on pour la majorité.
Il le fait donc! Accordant rien moins qu'une constitution, c'est à dire un début de démocratisation du régime. Hélas croyant bien faire (et ce texte comporte certains points résolument novateurs) il mécontente tout le monde! Effectivement les Bonapartistes autoritaires trouvent qu'il fait trop de concessions, les Républicains pensent qu'il n'en fait pas assez et les royalistes restent eux-mêmes... C'est à dire qu'elle ne leur fait ni chaud ni froid et que l'Empereur n'est toujours pour eux que "l'usurpateur', "l"ogre corse", constitution ou pas.
Même le peuple est frileux, une grande manifestation patriotique au Champ-De-Mai le lui fait constater. Si le Français n'aimait pas Louis XVIII, ayant retrouvé son Empereur il craint maintenant pour sa sécurité.

II) L'entrée en campagne.
Seule l'armée demeure toute acquise à son Aigle, et au milieu des soldats qui manifestent bruyamment leur enthousiasme, faisant trembler les murs des casernes de leurs cris, Napoléon revit.
Mais que faire? La première option serait d'attendre que l'ennemi, confiant, s'avance en territoire français. Avec deux fois plus d'hommes qu'en 1814 l'Aigle est sûr de les pourfendre. Il avait déjà fait des miracles l'année précédente avec si peu... En effet les laissant avancer jusqu'à Paris on les prendrait en tenaille, affaiblis qu'ils seraient , car devant laisser des troupes garder leurs lignes de communication par où passent ravitaillement et ordres. Là ils seraient écrasés par les deux pinces d'une armée fraîche, car n'ayant pas eu à combattre ou se mouvoir. Hélas cette situation est intenable politiquement parlant, car il faudrait pour cela abandonner tout l'Est et le Nord de la France à l'ennemi sans combat. A un moment où la guerre se rallume en Vendée cette option ne pouvait être retenue.
Restait la seconde proposition.... Comme allait le dire quelques années plus tard Clausewitz: "La meilleure défense c'est l'attaque". C'est ce que décide de faire l'Empereur, fin avil début mai 1815, comme à son habitude.
Ainsi on jouera une fois de plus la carte de la surprise. Le duc de Wellington commande alors les troupes Britanniques, situées dans le nord et l'ouest de la Belgique. Leurs alliés Prussiens, sous Blucher, occupent des positions dans le sud et l'est du pays. C'est là qu'est la clé du succès: l'Aigle décide d'enfoncer un coin au milieu, entre les deux armées qui ne se touchent pas. Ceci fait il pourra battre séparément ses ennemis divisés, comme cela lui a toujours réussi jusqu'ici.
Mais pour cela encore faut-il une armée! Où va-t-on la trouver dans un pays en guerre quasi perpétuelle depuis 1789?
Impossible n'est pas français. Et contre toute attente de la terre de France jaillit une nouvelle armée, prête à se dresser contre l'Europe entière comme elle le fait incessamment depuis 1688. A ces recrues s'ajoute le noyau dur des vétérans ayant passé par le feu la poudre et la mort depuis de nombreuses campagnes, mais aussi un grand nombre de prisonniers de guerre rentrés en 1814. Mais si ce miracle est réel (la situation est autrement meilleure que fin 1813) cela ne fait "que" 300.000 fusils face au million de la coalition.
Il faudra donc aller vite, très vite... Mais Napoléon est passé maître en cet art, et alors que les alliés l'attendaient en juillet il est prêt début juin.
Des troupes sont laissées à Lyon, pour couvrir la frontière Italienne, d'autres à Toulouse face à l'Espagne et enfin deux bonnes dizaines de milliers contre les vendéens. Il manqueront cruellement à Waterloo.
Le gros des forces ne compte donc plus que 180.000 hommes sous Reille, Vandamme, Drouet d'Erlon, Lobau et Gérard, tous excellents généraux. L'Empereur gardant en réserve sa Garde et de la cavalerie, sous Grouchy. Le moral est haut, le troupier est optimiste: les Anglais seront jetés à la mer sous quinzaine et les Prussiens recevront une belle déculottée.
Hélas le haut-commandement laisse à désirer. En effet le maréchal Berthier, second efficace de l'Empereur, est mort dans des circonstances mystérieuses en Allemagne. C'est donc Soult qui le remplace. Chef efficace sur le champ de bataille même, il l'est beaucoup moins à l'administration et multiplie les négligences, erreurs qui vont se révéler hautement catastrophiques. Enfin Ney est brave mais inconstant, l'invaincu Davout est ministre de la guerre donc à Paris, Grouchy est incapable en dehors de la cavalerie et il va se trouver à la tête de masses d'infanterie. Et Murat... Parlons-en! Ayant perdu son royaume de Naples face à l'Autriche qu'il a attaqué seul, espérant une unification de l'Italie autour de lui, il n'a reçu aucun commandement.
Malgré tout le 12 juin 1815 la campagne peut débuter sous les meilleures auspices qui soient: alors que sont donnés les premiers ordres d'attaque Wellington envoie une dépêche à son roi. Il y prévoit une offensive pour début Juillet. Quant à Blucher il dit clairement à sa femme : Nous pourrions bien rester ici une année encore que Bonaparte n'attaquerait pas.

III) Les premiers engagements:

Sur le papier tout était excellent, mais la réalité allait prendre un tour autrement plus tragique. En effet l'incurie de Soult éclate au grand jour. Le maréchal expédie les ordres de départ trop tard, confie les plis à des officiers inexpérimentés... Le résultat est que Drouet d'Erlon attaque avec trois heures de retard et ses hommes bloquent tout l'écoulement de la Grande Armée. Quant au général Bourmont, royaliste de son état, il passe à l'ennemi. Et s'il assure dans une lettre qu'il ne dira rien, inutile de préciser ce que fit réellement cette canaille. Tout ces petits grains de sable vont enrayer la formidale machine.
Charleroi est tout de même prise sous les acclamations de la foule belge, favorable à Napoléon et à la France dans son immense majorité.
L'Empereur confie alors l'aile gauche de l'armée à Ney. Sa mission sera d'occuper le carrefour stratégique des Quatre-Bras, en direction de Wellington, alors qu'il marchera sur Fleurus et les Prussiens. Blucher résiste donc seul, les Anglais croyant à une simple diversion ne bougeant pas. Il se replie toutefois en bon ordre vers Ligny alors que Wellington assiste à un bal. Néanmoins l'un de ses subordonnées prend l'iniative d'envoyer des troupes aux Quatre-Bras, carrefour stratégique qui assure la communication entre les armées alliées. "On ne rattrape jamais le temps perdu" disait l'Empereur, cela allait se révéler une cruelle vérité.
Ainsi le 16 juin est un triomphe manqué. D'un coté Ney perd du temps, attend des ordres précis alors qu'il eût fallu attaquer tout de suite, au matin. Non, il laisse plutôt les Anglais se renforcer toute la journée. La bataille des Quatre-Bras n'est donc qu'une série d'attaques frontales meutrières et sans génie... Et dont le vrai vainqueur n'est autre que Wellington car non seulement il garde le terrain, mais en plus fixe des forces françaises que réclame l'Empereur... Engagé contre les Prussiens à Ligny. Alors qu'il aurait eu besoin de ces troupes pour prendre de flanc Blucher, ce dernier ne cède qu'en soirée et se replie en bon ordre. Toutefois il a faili tomber entre les mains des Français.
Napoléon le croit hors-jeu (il avait suffi d'une double bataille pour éliminier les Prussiens en 1806) et n'engage pas de poursuite efficace. En fait il se déporte vers le nord.
Wellington décide alors de faire retraite à son tour, vers le nord à son tour, pour rester sur une même ligne que son allié. Là il acceptera la bataille en attendant l'aide Prussienne. Pour cela ses hommes lançent de furieux combats d'arrière garde, aidés par le temps dégoûtant, où il font merveille. Copiant Napoléon le Duc gagne du temps et prépare en fait le terrain où il veut être combattu: au sud du village de Waterloo. Là il fait fortifier les fermes en avant de ses lignes. S'appuie sur une ligne de collines.
Au soir du 17 juin Napoléon apparaît devant ses positions, mais l'infanterie est encore loin et il faut reporter l'attaque au lendemain.
Bien, très bien. Une victoire fera taire tout les mécontents. D'ailleurs malgré les retards, erreurs, rarement Napoléon a entamé une bataille avec autant de confiance. L'Anglais est perdu d'avance. Waterloo s'ajoutera à la liste des victoires sur les drapeaux. Brisée en moins d'un mois la coalition ne pourra accepter que la paix.

Image: un grenadier de la vieille garde (la Garde est engagée à Ligny), par Edouard Detaille.
La bataille de Waterloo: Acte II : Du début des Cent-Jours à la veille de la bataille.
# Posté le samedi 20 juin 2009 19:20
Modifié le dimanche 21 juin 2009 05:08

La bataille de Waterloo: Acte I : De l'abdication de 1814 au début des Cent-Jours.

Le retour de mes articles-fleuves aux accents épiques. J'espère que vous aurez autant de plaisir à le lire que j'ai eu à l'écrire. Prenez votre temps :) , la gloire suinte de ces pages (et voilà c'est reparti).

I) La campagne de France
1814! 1814! Année noire au sein de l'Histoire de France!
En effet, achevant leur longue poursuite de Napoléon, entamée deux ans plus tôt en Russie, les alliés étaient déterminés à en finir. Aux forces innombrables ils déferlaient, comme la mer le fait sur un pauvre château de sable, sur le sol français, traquant le renard jusque dans sa tanière.
De partout à la fois, crevant les frontières, leurs armées taillaient de profonds sillons dans la chair française. Oh certes! Cela avait déjà été le cas dès 1792 me direz-vous et vous auriez raison: la jeune République les avait alors repoussés, aux cris surchauffés de Danton (De l'audace! Encore de l'audace! Toujours de l'audace et la France est sauvée!) . Mais là, vous répondrais-je, après 22 ans de guerre quasi sans interruption... Il n'était tout simplement plus question de miracle. Il n'était plus possible de faire jaillir 300.000 ardents volontaires de terre, et ce malgré la meilleure volonté du monde.
Pourtant, Napoléon, blessé, frappait avec la force desespérée de la bête acculée dans sa tanière: il semblait toujours invincible! Insensé, avec des effectifs squelettiques, il attaquait furieusement, encore et toujours. Suppléant au nombre par la stratégie, il culbutait l'ennemi avec acharnement.
Des noms glorieux de victoires en radiaient donc le ciel d'éclairs improbables: Brienne, Laon, Montmirail, Vauxchamps, Champaubert, Craonne et j'en passe et des meilleures....
Mais cela n'était plus en mesure d'arrêter la marée coalisée. Peu à peu il fallut se rendre à la terrible évidence: ce baroud d'honneur, si magnifiquement orchestré était-il, n'était plus qu'une dernière estocade, où l'Empereur tentait desespérément de maintenir la tête hors de l'eau.
Ainsi le 6 avril 1814, après une résistance sans commune mesure, le Dieu redevint homme. Découvrant l'ingratitude des maréchaux, qui le poussèrent à partir, il abdiqua une première fois.
Après les déchirants adieux à sa garde, à Fontainebleau, il prit le chemin du sud, sous les huées des royalistes de Provence.
II) L'île d'Elbe:
En effet on lui avait donné la souveraineté de l'île d'Elble, cet insignifiant caillou de 224km² jeté entre Corse et Toscane.
Là il y finira ses jours, avec sa femme et son fils, pourvu d'une pension versée par le nouveau Louis XVIII. Il y disposera d'un bon millier de soldats et de quelques navires. Et puisse-t-il laisser l'Europe des Princes, des Rois en paix espère-t-on à Vienne. Vienne où un congrès dépèce, partage déjà l'Europe à peine refroidie entre les vainqueurs.
Après un temps de dépression et d'hébétude , bien compréhensible, Napoléon se reprend et donne un grand coup de collier. Il transforme son rocher, crée des routes, mines, annexe même quelques ilôts voisins, réorganise sa petite armée et s'aménage somme tout une retraite acceptable. Mais après quelques mois le Lion tourne dans sa cage, commence à trouver le temps long, lui qui avait regné sur l'Europe.
Finalement les choses vont s'accélérer à cause des alliés même! Eux qui voulaient l'y maintenir vont l'en précipiter au dehors.
En effet ces derniers parlent à mots couverts d'assassinat ou de déportation de sa personne... Il faut dire que même sur son île l'homme fait encore trembler les rois sur leurs trônes. De plus, de nombreux objets ne lui parviennent jamais (les Prussiens volent même ses livres!), le roi refuse mesquinement de payer sa pension, sa femme et son fils lui sont toujours refusés. Le budget de la petite colonie impériale est donc alarmant du fait de ce manque à la parole donnée. La faillite gronde et menace pour dans quelques mois.
Il faut dire que l'île ne rapporte quasiment rien. Enfin, en France même, Louis XVIII est loin de faire l'unanimité. En effet roi mis sur son trône par la grâce des armées alliés on dit de lui qu'il est "arrivé dans les fourgons de l'étranger". Comme si cela ne suffisait pas... il multiplie les erreurs. Une grande partie de l'armée est en effet congédiée sans égards pour le sang versé depuis maintes années, les officiers placés en demi-solde. Les plus jeunes qui rêvaient de gloire et d'avancement en sont pour leurs frais. Pire encore! La noblesse d'Empire est raillée par des gens ayant passé une vingtaine d'années en exil, et revenus avec l'intention de reprendre ce que la Révolution avait distribué. Le bourgeois grince donc des dents à son tour, prenant peur pour ses achats.
On accuse alors les "revenants" de n'avoir "rien appris ni rien oublié". Résultat: la fronde contre le gouvernement imposé (Napoléon a officiellement abdiqué en faveur de son fils) devient de plus en plus ouverte. A l'armée le climat est se délétère : un sergent tue même un soldat qui avait crié "Vive le Roi!" Le maréchal Davout étouffe l'affaire. Quant à l'administration, en grande partie en place depuis la Révolution, elle ajoute son mécontentement à la masse.
Le Lion affamé et maltraité en profite tout naturellement pour entrouvrir la porte de sa cage... Avant de la briser. D'un tour de force inégalé, il va reprendre sa place en mystifiant ses adversaires, tel un prestidigitateur surdoué.
En décembre 1814 il prend sa décision: malgré la croisière anglaise autour de l'île il s'enfuira... "aux violettes". Profitant d'une relâche momentanée de la surveillance Britannique il s'embarque donc, en ce 26 février 1815, pour la France, remerçiant les Elbois pour tout à son départ.
III) Les Vingt Jours:
Sachant très bien manier ce que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de "communication" l'Aigle a fait imprimer deux proclamations: concises, tranchantes autant que percutantes. Comme toujours il s'agit de frapper les esprits par des phrases-chocs. C'est ainsi que la seconde, à l'armée, contient l'immortelle apostrophe "L'aigle aux couleurs nationales volera de clochers en clochers jusqu'aux tours de Notre-Dame". (le drapeau du roi a de nouveau remplacé le drapeau tricolore). C'est pareillement armée de mots, sinon d'hommes, que sa petite escadre touche les côtes chéries de France, le premier mars 1815, au Golfe-Jouan. Un bon millier de soldats s'échappe avidement des flancs des navires avec... 4 canons! A si peu l'aventure promet d'être intéressante, voire suicidaire...
Et les choses commençent tout d'abord mal, car les grenadiers envoyés rallier Antibes sont pris.
L'Empereur passe outre et poursuit sa route, ralliant Lyon par les mauvais chemins des Alpes. Là finis les quolibets royalistes de la vallée du Rhône. Mais plutôt des paysans et villageois en larmes, des volontaires grossissant peu à peu les maigres rangs de l'aventurier. Avertis, les Bourbons méprisent l'équipée, mais envoient tout de même des forces l'écraser... Au cas où. C'est là que l'aventure prend corps, que le rêve se matréralise en une poignante scène: à Laffrey, sur la route de Grenoble. Les troupes envoyées "courir sus à l'usurpateur" se mutinent à la phrase légendaire, prononcée par une petite silhouette grise, impavide en première ligne: "Soldats s'il en est un parmi vous qui veuille tuer son Empereur... Me voici".
La magie renaît en fanfanre quant les fusils s'abaissent, quand les bras fatigués par la tension du moment les relâchent. Les officiers qui veulent forcer le tir sont chassés et des centaines de gorges, brisant le stress accumulé, hurlent à s'en crever les tympans: "Vive l'Empereur! Vive l'Empereur" , cri libérateur de soldats qui appellent parfois cet homme "papa" (authentique). Il faut croire que sa majesté Louis XVIII n'a pas estimé à sa juste valeur le pouvoir communicatif d'un Empereur proche du plus humble troupier!
Le maréchal Ney, qui avait promis au roi de "rapporter Bonaparte dans une cage de fer" ,est à son tour pris par la vague. Il se remémore les vexations subies par lui et son épouse à la cour, relit les proclamations impériales... Et prend sa décision au cours d'une nuit mémorable. C'est au matin que sa voix claquant et craquant comme le tonnerre un soir d'été lance: "Soldats! La cause des Bourbons est à jamais perdue". On lui répond un renversant, bouleversant "Vive l'Empereur!".
En quelques jours le courant s'inverse, les défections se multiplient à une vitesse alarmante. A tel point que Napoléon envoie à Paris un message à Louis XVIII: "Mon frère! Arrêtez de m'envoyer des soldats... J'en ai déjà trop!" Le 19 mars au soir, après hésitation, le roi déguerpit finalement des Tuileries pour la Belgique, entouré de quelques fidèles.
Or le palais n'a pas le temps de prendre la poussière car il reçoit un nouvel occupant dès le lendemain, à neuf heures du soir tapantes. Ce dernier, un certain Napoléon Bonaparte, y est conduit... Ou plutôt porté à bout de bras par la foule.
L'homme a reconquis son trône en 20 jours aux couleurs épiques et selon la célèbre formule "Sans avoir tiré un seul coup de feu". Le "Vol de l'Aigle" débutait sa glorieuse course. Mais, comme nous l'allons voir, elle promettait toutefois d'être semée d'embûches.
Image: les adieux de Fontainebleau.
La bataille de Waterloo: Acte I : De l'abdication de 1814 au début des Cent-Jours.
# Posté le mardi 16 juin 2009 18:05
Modifié le mercredi 17 juin 2009 18:29

Demande aux fidèles lecteurs.

Les jours suivants vont être chargés au niveau du calendrier Napoléonien puisque le 14 juin nous fêtons à la fois les batailles de Marengo et Friedland , le 16 celle de Ligny et le 18 de Waterloo.
Ne pouvant tout traiter je vous demande laquelle vous préféreriez voir ici cette année!
Edit: C'est décidé. Nous allons revenir sur Waterloo! Premier article bientôt!
# Posté le samedi 13 juin 2009 05:31
Modifié le lundi 15 juin 2009 12:21