Si un avion avait pu survoler le champ de bataille de Waterloo aux alentours de midi, en ce 18 juin 1815, il aurait pu voir les hommes de Jérôme Bonaparte, l'un des frères de l'Empereur, s'avancer à la gauche du dispositif français, formidable masse bleue prête à en découdre. En effet l'Aigle a décidé d'inciter les Anglais à dégarnir leur centre, qu'il veut percer, par une attaque de diversion sur leur droite. Comme la place est difficile d'accès, coincée entre haies et bois touffus, et fermement tenue par la ferme fortifiée d'Hougoumont, on se contentera d'y faire une démonstration, de menacer la ferme pour attirer des renforts anglais. Rien de plus ce serait sans intérêt stratégique.
Première erreur fatale: le frère de Napoléon, qui a toujours été un piètre combattant, est comme possédé par la folie des grandeurs, à peine le bois couvrant Hougoumont nettoyé. Pris par on ne sait quelle lubie il décide de prendre la position, pourtant secondaire et qui plus est fermement tenue, par un assaut frontal. De plus, alors qu'il aurait pu faire efficacement matraquer la place par l'artillerie, il envoie sans génie, vague après vague, ses hommes cogner contre les murs de deux mètres blanchis à la chaux de la ferme-redoute. Les valeureux tombent comme des mouches, décimés par les Anglais qui, à l'abri de leurs meutrières, les abattent comme à la foire. Jérôme s'obstine. Le carnage continue. Pourtant il vient un moment où un petit groupe d'assaillants atteint la porte de la ferme. Il est conduit par le lieutenant Legros, fier vétéran.
L'homme qui porte bien son nom est un géant, un colosse surnommé "L'Enfonçeur" par ses camarades. Tel un un guerrier casqué sorti tout droit du Moyen-âge il fait honneur à son surnom. En effet c'est seul qu'il défonce la porte, lui donnant de furieux coups de hache qui font vibrer fortement le bois à mesure qu'ils mordent dedans. Enfin! La délivrance! La lourde porte tombe dans un bruit de tonnerre ! La place peut être investie!
Hélas... Legros n'est suivi que par une poignée de soldats, et il devait arriver ce qu'il arriva. Les braves sont tous sauvagements massacrés, abattus à bout portant à peine rentrés dans la cour de l'édifice. La porte est refermée à la hâte alors que Wellington envoie des renforts sur place.
C'est ainsi que toute la journée l'incapable Jérôme sacrifiera 8.000 braves Français de manière fort stupide, voire criminelle, alors que l'Empereur n'avait jamais réclamé cet assaut inutile et insensé.
II) L'attaque principale.
Pendant ce temps Napoléon prépare l'attaque principale, au centre, appuyée par près d'une centaine de pièces qui crachent la mort en fleurs de feu et de fumée. Pourtant, avant que le tir n'obscursisse la vue, une vision d'épouvante est passée: vers la droite une masse sombre est soudain apparue dans la lunette de l'Empereur.
Des arbres, disent les uns. De la poussière, répliquent les autres. Enfin un prisonnier prussien, car il s'agit bien d'eux, révèle l'arrivée imminente dans la danse du corps de Von Bulow. Le pire est qu'à ce moment précis le fameux maréchal Grouchy, en arrière de la bataille, contre l'avis de ses subordonnés, refuse de "marcher au canon", vers cette bataille que l'on entend au loin. Mangeant ses célèbres fraises à la crème il fait preuve d'un cruel manque d'initiative que l'on paiera très cher le moment venu.
Malgré tout la charge Française a atteint vaille que vaille la ligne Britannique, parcourant les derniers mètres au pas de charge, au parfait mépris du feu meutrier de son adversaire. Et voilà que la furia francese renaît. Les fusils impériaux, en un geste terrifiant, se sont changés en une terrible lance de deux mètres. Les baionettes éventrent alors la chair ennemie, la lacérant comme si elle eût été faite de beurre. La rupture du front est imminente, déjà les Aigles pavoisent au somment de la colline. Un frémissement parcourt toute l'armée française à cette vision.
Pourtant, quant tout semblait à portée, l'Anglais décroche magistralement et cède sa place au feu dévastateur des régiments de réserve, tiraillant les habits bleus depuis l'autre versant de la colline. Les Français ont un moment de flottement, devant se repositionner en formation de tir (la ligne) et non plus d'attaque (la colonne). Le général Picton, d'un coup d'oeil avisé, comprend que le moment est parfait pour faire donner sa cavalerie, elle aussi cachée par l'éminence qui la préserve de l'artillerie Française tout en ménageant un effet de surprise.
III) la folle équipée des Scots Greys
C'est ainsi que s'élancent les réputés Scots Greys, les sabots de leurs grandes montures envoyant des vibrations de cauchemard dans le sol, faisant jaillir des étincelles des pierres qu'il frappent avec fracas. Bientôt ces puissants cavaliers fondent comme une vague de raz-de-marée sur les Français. Déjà aux prises avec l'infanterie de réserve, surpris par ces nouveaux arrivants, ils ne peuvent former le carré protecteur et sont rejetés du sommet, la mort aux trousses. Sur leurs talons les habits rouges, à pied, reprennent leurs positions si chèrement conquises par leurs adversaires peu auparavant.
L'élan anglais semble irrésistible et les bouillants Scots Greys se laissent emporter, en dépit des ordres. Chargant comme sur les ailes du vent ils sabrent les artilleurs français sur leurs pièces. Derrière, à quelques centaines de mètres seulement, l'état-major français frémit.
Heureusement, en trombe, la cavalerie française se forme en lignes d'attaque à son tour et vient frapper dans un choc titanesque de corps et de chevaux son ennemie. L'élan anglais est brisé après une mélée furieuse: les Ecossais doivent refluer, brisés.
Ainsi l'Empereur l'a vu et compris à ses dépens: l'Anglais meurt sur place plutôt que fuir. La première attaque a donc échoué, dégradant en conséquence la position française.
Malgré tout rien n'est encore perdu et Napoléon monte rapidement un deuxième assaut alors que 16 heures approchent.
Image: la charge des Scots Greys



