Pire, Napoléon entend faire du port d'Anvers un puissant arsenal. Notamment pour pallier au blocus de Brest par la Royal Navy. La situation est jugée si grave que le premier ministre William Pitt déclare cette phrase célèbre et souvent attribuée à Napoléon: "Anvers est un pistolet braqué au c½ur de l'Angleterre". Bref, Anvers, Flessingue et l'Escaut sont observés de près par le cabinet de Saint-James, également inquiet des concentrations de navires français dans les ports cités. Après des années de projets avortés, Londres décide finalement d'agir en 1809 et de débarquer à Walcheren, île située à l'embouchure de l'Escaut. De là, il sera possible de remonter le cours d'eau et d'incendier les navires français à Flessingue et Anvers, ainsi que le nouvel arsenal encore en travaux. Le moment est de plus très bien choisi: la défense est moindre, Napoléon étant occupé à se battre en Autriche ( la fameuse bataille de Wagram termine cette campagne, voir les liens suivants: 1 , 2 ,3 , 4 et 5 ).
La force rassemblée est impressionnante et compte pas moins de 44.000 soldats, ce qui est beaucoup pour un pays surtout connu pour sa marine. Le commandement de cette puissante troupe est confié à lord Chatham, choix tout de suite contesté. En effet, l'homme est irrésolu (on le surnomme "le défunt lord Chatham" de son vivant!), paresseux et peu expérimenté... Mais il est le frère de Pitt et proche du secrétaire d'état aux affaires étrangères, ce qui aide sans aucun doute. La marine, elle, est sous les ordres de Richard Strachan, bon officier et excellent marin. L'homme est aussi colérique (son sobriquet est mad dog, soit "chien fou"), ce qui ne facilite pas ses relations avec son collègue. Or toute la nation a les yeux tournés vers l'opération, d'ailleurs connue dans l'histoire comme The grand expedition, ce qui est assez éloquent. On s'attend à un large succès et les badauds sont nombreux à aller applaudir la flotte qui appareille.
Toutefois, bientôt, le manque de succès est patent: Chatham est si fainéant qu'il fait perdre deux jours dès le début des opérations, en ratant l'embarquement de ses hommes. L'Escaut est malgré tout atteint sans encombre et le débarquement se déroule selon les plans, sous la protection des canons de la flotte. Les défenseurs se retirent de la côte en bon ordre. Pourtant, rapidement, les retards s'accumulent et le mauvais temps aggrave d'autant la situation. Les Britanniques se révèlent maladroits et mettent des semaines à prendre Flessingue. Les Français en profitent pour parfaire leurs défenses à Anvers. A tel point qu'il devient impossible aux habits rouges de remonter l'Escaut pour y mener leur mission de destruction juge Strachan. Début septembre 5.000 hommes sont d'ailleurs déjà hors d'état de se battre: la maladie qui couve dans les marécages fait des ravages et les participants sont amers dans leurs mémoires. Finalement le climat et les miasmes tuent 4000 soldats contre 106 au combat seulement de toute l'expédition! 12.000 hommes passent par les hôpitaux (soit près d'un tiers du total), qui sont, de plus, fort médiocrement organisés.
Le fiasco est total et les Britanniques doivent rembarquer, qui plus est avec lenteur. La presse, qui est puissante, se alors déchaîne contre Chatham. Il n'arrange pas son image, lui qui allie une indifférence pour le sort de ses hommes en pleine retraite à son impéritie déjà connue. Il subit même, avec Strachan, une enquête du parlement, qui rejette la faute sur les ministres. Ceux-ci en viennent au duel et doivent démissionner! L'opération est donc un désastre sur tous les plans et il faut renoncer au raid: un blocus plus traditionnel (et efficace) est organisé, il dure jusqu'en 1814.

Bibliographie: James Davey, "Anvers et l'Escaut, une menace permanente pour la Grande-Bretagne", Catalogue de l'exposition "Bonaparte et l'Escaut" [voir deux articles plus bas], MAS Books , Anvers, 2013, 191 p.
Image: L'escadre anglaise assiège Flessingue, Henri François Schaefels (tableau de 1890).
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